Wednesday, May 03, 2006

Les Famiclones

De la fin des années 80, jusqu’au début des années 90, les gamers américains, japonais et européens ne juraient que par la Nintendo Entertainment System (plus communément appelée NES), la console 8 bits de Nintendo. En Amérique du Sud, en Union soviétique et dans d’autres pays pauvres, la situation était bien différente. Faute de pouvoir se procurer des NES pour des raisons aussi bien financières que politiques, nombres de joueurs ont du se contenter des contrefaçons de NES, les Famiclones…

Ayant eu le succès qu’on lui connaît, il était évident que la console de Nintendo soit l’objet d’un lucratif marché alternatif. Un des marchés les plus touchés par ce phénomène fut l’URSS (et par la suite la Russie et les anciens membres de l’Union Soviétique). Le blocus des produits «occidentaux» était encore relativement fort durant la seconde moitié des années 80. Assez fort même pour que la NES n’arrive jamais à intégrer le marché des pays rouges. C’est ainsi que la Dendy (qui est également un verbe russe qui signifie «jouer aux jeux vidéo») est devenue la référence en matière de jeux vidéo pendant plusieurs années en Russie. D’un aspect similaire à la Famicom japonaise avec des capacités techniques identiques, la Dendy pouvait aussi bien lire les nombreuses cartouches pirates que les cartouches de Famicom traditionnelles.


Les Famiclones ont au fil du temps pris des formes très différentes les unes des autres. Alors que la Dendy était un clone parfait de la Famicom, d’autres modèles ont des apparences plus ou moins cocasses. La Polystation par exemple, était une NES cachées dans une coque de Playstation. En ce qui concerne les cartouches vendues parallèlement à ces Famiclones, il était là aussi assez rare de pouvoir se procurer des originaux. Le plus souvent, des «multicarts» étaient vendues sur ces marchés. Il s’agit de cartouches de jeu dans lesquelles sont stockés plusieurs jeux (de deux à plusieurs dizaines). Alors que certaines cartouches étaient honnêtes sur leur contenu, d’autres avaient des étiquettes plutôt farfelues, affirmant qu’elles étaient remplies de plusieurs centaines, et parfois milliers de jeux («999 in 1»). Autre détail amusant, certains jeux qui n’ont jamais existés sur NES/Famicom étaient portés sur NES par des pirates (le plus souvent venus de Hong Kong) afin d’être vendus. Pokémon, Street Fighter et Mortal Kombat font partie des séries qui ont eu le «privilège» d’être converties d’une manière plus ou moins réussie par des hackers peu scrupuleux. Dans d’autres cas, un certain nombre de jeux étaient déjà inclus dans la console.


Cela fait un peu plus de 20 ans que la Famicom est sortie au Japon. Technologiquement, la console est dépassée depuis longtemps. Et pourtant, des Famiclones sont encore commercialisés. Le plus surprenant, c’est que récemment, ils étaient en vente libre aux Etats-Unis. En vacances aux Etats-Unis durant le mois d’août, quelle ne fut pas ma surprise de découvrir un stand vendant ouvertement des Famiclones dans le plus grand centre commercial de Las Vegas (le Fashion Show Mall pour ne pas le citer). Des écrans de démonstration permettaient même d’essayer l’engin. Le collectionneur en moi n’a pas pu résister à la tentation. J’ai donc déboursé les 40 Dollars (un peu plus de 30 Euros) nécessaires à l’acquisition de l’objet, pensant que l’occasion d’un tel achat ne se reproduirait pas de si tôt. Et bien j’avais tort. Quelques jours plus tard, à San Diego cette fois, je trouvais les mêmes Famiclones en vente dans une autre galerie commerciale. Je tiens toutefois à préciser que je suis retourné plusieurs fois aux Etats-Unis depuis (dans les lieux où je les avais trouvé) et que je n’ai jamais revu de tels stands. Les avocats de Nintendo ont du passer par là. Voyons maintenant ce que mes 40$ m’ont offert.

Nous sommes donc en présence d’une manette de Nintendo 64, une manette de Megadrive ainsi que d’un pistolet en plastique faisant office de Zapper (le pistolet de la NES). Le tout marche avec des piles (à insérer dans l’espace originellement destiné aux cartes mémoires de N64) ou par une prise de courant (un adaptateur est nécessaire à l’utilisation de la console en France pour des raisons de voltage et de format différents). La manette de N64 est en fait la console (le joystick est là mais il ne sert bien entendu à rien, il est de toute façon impossible de le faire bouger), c’est elle qui contient les jeux et qui doit être reliée au poste de télévision. Sur le haut de la manette se trouve un port qui sert pour la seconde manette ainsi que pour le pistolet. Un port permettant de jouer avec des cartouches de NES américaines ou de Famicom est présent à l’arrière de la manette de N64.

Au démarrage, nous accédons presque instantanément à la liste des jeux présents à l’intérieur même de la machine. Fait «amusant», on nous affirme qu’il y a 76 000 jeux inclus. Effectivement, la liste va jusqu’à 76 000. Mais, il n’y a en réalité qu’une soixantaine de jeux uniques, les autres ne sont que des répétitions dans un ordre aléatoire des jeux déjà présents. C’est avec un plaisir certain que l’on retrouve des grands classiques de la NES comme Super Mario Bros., Duck Hunt (fichu chien qui se fout de moi), Tetris, Bomberman, Dig Dug, Galaga (appelé ici Galaza), Donkey Kong JR, Tennis, Ice Climber, Excite Bike... Certains jeux sont beaucoup plus obscurs. Bird Week par exemple vous met dans la peau d’un oiseau qui doit attraper des vers au vol et donner à manger à ses petits posés sur des branches. C’est tout… D’autres jeux ont des noms complètement trompeurs. Le jeu intitulé WWF est en fait Kinnikuman (Muscleman chez nous) un jeu de catch inspiré du manga du même nom. Dans la liste on retrouve également Tekken et King of Fighters qui ne sont malheureusement pas des ports made in Hong Kong de ces fameux jeux de combat mais d’horribles jeux de kung fu en Japonais sortis de je ne sais où). Un certain nombre de jeux n’ont pas d’écran titre (Super Mario Bros. par exemple), ce qui est relativement risible étant donné que le titre des jeux apparaît clairement dans la liste.

Niveau matériel, tout n’est pas de la meilleure qualité comme vous devez vous en douter. Les boutons des manettes ne répondent pas toujours, ce qui est fâcheux lorsque vous jouez à des jeux NES dans lesquels la moindre erreur peut vous être fatale… Niveau son, c’est la débacle. Je ne sais pas si c’est un problème récurrent à tous les «Power Players» mais une chose est certaine, c’est que le son ne marche pas sur le mien. Le marché de l’occasion étant ce qu’il est, je ne peux que vous conseiller de vous procurer les originaux. Vous payerez peut-être un peu plus cher vos jeux, mais au moins ils fonctionneront correctement…